mardi 9 août 2011

Editorial / Les surenchères de l’anarchie


En pleine saison touristique, plutôt calamiteuse, et sur fond d’une vague de suspicion tournée contre le gouvernement suite à des libérations pour le moins inopportunes, on observe non sans inquiétude une certaine anarchie s’installer dans le pays. De temps à autre, des troubles ici, un vent de violence et de folie là, des grèves, des sit-in : on se console en disant que tout cela ne saurait durer, pourvu bien sûr que la date des élections ne soit pas de nouveau reculée. On doit bien reconnaître cependant que certains comportements, par leur apparition dans notre paysage, constituent tout à la fois un mauvais présage et des séquelles durables que nous aurons à réparer longtemps… Car on ne compte plus les actions menées par une poignée d’individus qui, pour faire valoir leurs droits, coupent une route, barrent la circulation sur un pont, imposent la fermeture à une usine… En temps normal, et dans le cadre d’un Etat de droit, de tels agissements ne sauraient être tolérés et devraient faire l’objet d’une intervention énergique de la part des forces de l’ordre. Mais voilà, lesdites forces ont désormais le souci de leur image, qu’elles entendent ménager auprès de l’opinion : plus question d’aller évacuer des forcenés pour se retrouver pointés du doigt le lendemain, photos et vidéos à l’appui. Eh oui, apprendre à faire respecter la loi sans se laisser aller à la violence, même en l’absence des caméras, c’est tout un métier et ce n’est pas celui que les années de dictature ont permis à nos policiers d’apprendre. D’où la retenue, l’intempestive retenue ! Entre-temps, c’est une audace d’un mauvais genre qui s’empare de certains de nos concitoyens et qui, plus grave, semble appeler une forme de surenchère. C’est ainsi que, depuis six jours, des chauffeurs de camion sont séquestrés par des villageois du côté de Skhira. Ces derniers n’ont pas jugé suffisant de couper la route pour alerter sur le fait qu’ils avaient un problème d’eau potable. Fallait-il en arriver là et, pour clamer son droit, nier celui d’autrui, priver des concitoyens de leur liberté, laisser des familles dans l’inquiétude?…
Certes, le pays traverse une passe difficile : il est en pleine grossesse, porteur de sa démocratie, et donc livré à toutes ses fragilités. Mais qu’on n’aille pas croire que ceux qui se livrent à de tels agissements soient à l’abri de la loi et de ses rigueurs. Notre système judiciaire, par-delà les remous qui le traversent, et les soupçons qui pèsent sur lui, par-delà le moment de confusion qu’on traverse, reste d’autant plus un recours et une barrière contre toute forme d’impunité qu’il est à la recherche d’une vigueur nouvelle. Et l’on sait bien que la justice n’est pas amnésique. Tous ces fauteurs de troubles feraient bien, eux, de s’en souvenir.
Ajouté le : 09-08-2011

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