mardi 19 février 2013

Editorial /Instant critique

par Raouf Seddik, vendredi 18 janvier 2013, 20:33 ·

La guerre n'est pas tout à fait à nos portes, mais elle n'est pas loin. Le Mali se situe en effet au sud de l'Algérie, précisément en cette zone saharienne qui est particulièrement difficile à contrôler et où les frontières deviennent parfois des notions abstraites. D'où une certaine crispation chez nous, visible d'ailleurs à travers la mobilisation des forces de sécurité.Récemment, nous avons assisté à une sorte de ballet diplomatique au niveau maghrébin auquel les dirigeants tunisiens ont été naturellement associés. Une rencontre entre chefs de gouvernement a eu lieu la semaine dernière en Libye, dans la ville de Ghedames, au cours de laquelle des discussions ont été tenues entre les chefs des gouvernements algérien, libyen et tunisien. Au menu des discussions : la sécurisation des zones frontalières.Notons que ces préparatifs intervenaient dans la foulée des premières frappes aériennes engagées par la France contre les positions des islamistes d'Al Qaïda. Cette réactivité s'explique sans doute par le fait que l'option de la solution armée s'est affirmée assez tôt, sinon comme inéluctable, du moins comme hautement probable. Les groupes jihadistes, jusque là installés dans les localités du nord, ont fait mouvement en direction du sud, vers la capitale malienne Bamako. C'est ce qui a, pour ainsi dire, donné le signal de cette nouvelle phase.En fait, la guerre est bel et bien à nos portes, et cela non pas tellement pour des raisons géographiques, mais pour des raisons idéologiques. Les Jihadistes d'Al Qaïda savent qu'ils peuvent trouver au sein de notre population des sympathies, des relais de solidarité grâce auxquels ils espèrent élargir la zone du conflit et disposer de bases d'attaque en dehors du lieu de leur implantation. Certaines mouvances islamistes, chez nous, demeurent proches de ces représentants d'un islam radical et guerrier. Nous savons d'ailleurs qu'au delà des sympathies, il y a des cellules qui cherchent effectivement à s'implanter... Les incidents récents dans le gouvernorat de Kasserine et ailleurs en sont une illustration.Cette situation représente, à vrai dire, un test important sur le plan politique. Pour les islamistes au pouvoir, bien sûr, qui auront en cette occasion à réaffirmer l'option démocratique et moderniste de leur projet face à un islam rétrograde prétendant incarner la fidélité au message du Prophète. Et cela, non pas seulement à travers leurs élites, mais aussi à travers leurs bases, dans les villages et les campagnes... Et pour les autres aussi, progressistes de tous bords, qui auront à montrer leur capacité à prendre en considération l'enjeu sécuritaire du pays et à ne rien entreprendre sur la scène politique qui puisse aider, d'une façon même indirecte, les courants extrémistes à augmenter leur emprise et à accroître l'état de porosité idéologique dont nous souffrons. Chacun va devoir montrer comment il est en mesure d'apporter sa contribution à l'exigence d'immunité de notre pays par rapport au danger jihadiste, en cet instant particulièrement critique...

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