Editorial /Instant critique
par Raouf Seddik, vendredi 18 janvier 2013, 20:33 ·
La
guerre n'est pas tout à fait à nos portes, mais elle n'est pas loin. Le
Mali se situe en effet au sud de l'Algérie, précisément en cette zone
saharienne qui est particulièrement difficile à contrôler et où les
frontières deviennent parfois des notions abstraites. D'où une certaine
crispation chez nous, visible d'ailleurs à travers la mobilisation des
forces de sécurité.Récemment, nous avons assisté à une sorte de ballet
diplomatique au niveau maghrébin auquel les dirigeants tunisiens ont été
naturellement associés. Une rencontre entre chefs de gouvernement a eu
lieu la semaine dernière en Libye, dans la ville de Ghedames, au cours
de laquelle des discussions ont été tenues entre les chefs des
gouvernements algérien, libyen et tunisien. Au menu des discussions : la
sécurisation des zones frontalières.Notons que ces préparatifs
intervenaient dans la foulée des premières frappes aériennes engagées
par la France contre les positions des islamistes d'Al Qaïda. Cette
réactivité s'explique sans doute par le fait que l'option de la solution
armée s'est affirmée assez tôt, sinon comme inéluctable, du moins comme
hautement probable. Les groupes jihadistes, jusque là installés dans
les localités du nord, ont fait mouvement en direction du sud, vers la
capitale malienne Bamako. C'est ce qui a, pour ainsi dire, donné le
signal de cette nouvelle phase.En fait, la guerre est bel et bien à nos
portes, et cela non pas tellement pour des raisons géographiques, mais
pour des raisons idéologiques. Les Jihadistes d'Al Qaïda savent qu'ils
peuvent trouver au sein de notre population des sympathies, des relais
de solidarité grâce auxquels ils espèrent élargir la zone du conflit et
disposer de bases d'attaque en dehors du lieu de leur implantation.
Certaines mouvances islamistes, chez nous, demeurent proches de ces
représentants d'un islam radical et guerrier. Nous savons d'ailleurs
qu'au delà des sympathies, il y a des cellules qui cherchent
effectivement à s'implanter... Les incidents récents dans le gouvernorat
de Kasserine et ailleurs en sont une illustration.Cette situation
représente, à vrai dire, un test important sur le plan politique. Pour
les islamistes au pouvoir, bien sûr, qui auront en cette occasion à
réaffirmer l'option démocratique et moderniste de leur projet face à un
islam rétrograde prétendant incarner la fidélité au message du Prophète.
Et cela, non pas seulement à travers leurs élites, mais aussi à travers
leurs bases, dans les villages et les campagnes... Et pour les autres
aussi, progressistes de tous bords, qui auront à montrer leur capacité à
prendre en considération l'enjeu sécuritaire du pays et à ne rien
entreprendre sur la scène politique qui puisse aider, d'une façon même
indirecte, les courants extrémistes à augmenter leur emprise et à
accroître l'état de porosité idéologique dont nous souffrons. Chacun va
devoir montrer comment il est en mesure d'apporter sa contribution à
l'exigence d'immunité de notre pays par rapport au danger jihadiste, en
cet instant particulièrement critique...
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