Editorial / Le défi de l’impunité
par Raouf Seddik, jeudi 24 janvier 2013, 14:53 ·
LES
wahabites improvisés persistent et signent. A la veille du Mouled, ils
se sont de nouveau attaqués à un mausolée, qu’ils ont incendié. Cela
s’est passé hier dans la ville d’Akouda. Nous assistons donc à une
campagne orchestrée de la part de ces extrémistes qui veulent effacer de
notre paysage toute trace de certaines pratiques religieuses
ancestrales, au motif qu’elles sont en contradiction avec leur
conception de l’orthodoxie.Sur le plan de la doctrine, il faut rappeler
que le culte des saints, même s’il donne lieu à des croyances parfois
étrangères à l’esprit de l’Islam, représente une tradition qui consiste à
conserver la mémoire de femmes et d’hommes pieux qui ont marqué leur
époque. Beaucoup de ces personnages, du reste, sont à redécouvrir à
travers l’audace de leur pensée et la grandeur de leurs actions. Et nous
devons à certains travaux universitaires d’avoir souligné cette
dimension de façon convaincante... Ce constat devrait d’ailleurs nous
inciter à engager un travail de réhabilitation qui dégage le culte des
saints de toute cette dérive folklorisante, qui flirte avec la pensée
magique, afin de renouer avec la partie la plus noble qui lui est
inhérente, malgré son côté populaire. Il s’agit d’un devoir
culturel.Mais, quelle que soit la position que les uns et les autres
peuvent avoir à l’égard de ce phénomène, rien ne justifie ces opérations
de destruction, qui relèvent d’une volonté, non de réparation ou de
correction, mais d’amputation, de mutilation de notre
patrimoine.Survenant après les multiples actions qui ont ciblé les
mausolées de Saïda Manoubia et, tout récemment, de Sidi Bou Saïd, parmi
plusieurs autres, et malgré la grande émotion que ces actions ont
suscitée auprès de la population, cette énième opération s’apparente à
une provocation délibérée. Les auteurs, inspirés par des courants venus
d’Orient et fanatisés, n’ont pas d’autre réponse à apporter à ceux qui
leur rappellent l’intégrité de nos propres traditions sinon celle de
persister dans les destructions par le feu. Il s’agit de rien moins que
d’un viol délibéré, qui s’installe clairement dans une logique
méprisante de récidive et d’impunité.L’Etat, bien entendu, ne saurait se
dérober à ses responsabilités face à cette forme de violence aiguë, pas
plus que la société civile, qui doit voir dans ces attaques l’occasion
d’organiser sa capacité défensive. Le modelage de notre système
immunitaire, en tant que société post-révolutionnaire, se joue
actuellement devant ce type d’agressions. Un travail de surveillance et
même d’investigation n’a rien de contraire au devoir de tout un chacun.
Etant entendu qu’il doit bénéficier du soutien de tous et que toute
complaisance à l’égard de ces extrémistes, quelles que soient ses
motivations, doit désormais être dénoncée comme une forme de trahison du
pays.
Ajouté le : 24-01-2013
Ajouté le : 24-01-2013
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