mardi 19 février 2013

Editorial / Le défi de l’impunité

par Raouf Seddik, jeudi 24 janvier 2013, 14:53 ·
LES wahabites improvisés persistent et signent. A la veille du Mouled, ils se sont de nouveau attaqués à un mausolée, qu’ils ont incendié. Cela s’est passé hier dans la ville d’Akouda. Nous assistons donc à une campagne orchestrée de la part de ces extrémistes qui veulent effacer de notre paysage toute trace de certaines pratiques religieuses ancestrales, au motif qu’elles sont en contradiction avec leur conception de l’orthodoxie.Sur le plan de la doctrine, il faut rappeler que le culte des saints, même s’il donne lieu à des croyances parfois étrangères à l’esprit de l’Islam, représente une tradition qui consiste à conserver la mémoire de femmes et d’hommes pieux qui ont marqué leur époque. Beaucoup de ces personnages, du reste, sont à redécouvrir à travers l’audace de leur pensée et la grandeur de leurs actions. Et nous devons à certains travaux universitaires d’avoir souligné cette dimension de façon convaincante... Ce constat devrait d’ailleurs nous inciter à engager un travail de réhabilitation qui dégage le culte des saints de toute cette dérive folklorisante, qui flirte avec la pensée magique, afin de renouer avec la partie la plus noble qui lui est inhérente, malgré son côté populaire. Il s’agit d’un devoir culturel.Mais, quelle que soit la position que les uns et les autres peuvent avoir à l’égard de ce phénomène, rien ne justifie ces opérations de destruction, qui relèvent d’une volonté, non de réparation ou de correction, mais d’amputation, de mutilation de notre patrimoine.Survenant après les multiples actions qui ont ciblé les mausolées de Saïda Manoubia et, tout récemment, de Sidi Bou Saïd, parmi plusieurs autres, et malgré la grande émotion que ces actions ont suscitée auprès de la population, cette énième opération s’apparente à une provocation délibérée. Les auteurs, inspirés par des courants venus d’Orient et fanatisés, n’ont pas d’autre réponse à apporter à ceux qui leur rappellent l’intégrité de nos propres traditions sinon celle de persister dans les destructions par le feu. Il s’agit de rien moins que d’un viol délibéré, qui s’installe clairement dans une logique méprisante de récidive et d’impunité.L’Etat, bien entendu, ne saurait se dérober à ses responsabilités face à cette forme de violence aiguë, pas plus que la société civile, qui doit voir dans ces attaques l’occasion d’organiser sa capacité défensive. Le modelage de notre système immunitaire, en tant que société post-révolutionnaire, se joue actuellement devant ce type d’agressions. Un travail de surveillance et même d’investigation n’a rien de contraire au devoir de tout un chacun. Etant entendu qu’il doit bénéficier du soutien de tous et que toute complaisance à l’égard de ces extrémistes, quelles que soient ses motivations, doit désormais être dénoncée comme une forme de trahison du pays.
Ajouté le : 24-01-2013

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