mardi 19 février 2013

Marges spirituelles / Les horizons de la liberté religieuse

par Raouf Seddik, vendredi 28 décembre 2012, 15:07 ·

 Chaque année, le Département d’Etat américain publie un rapport qui ne manque pas de susciter des protestations de la part de certains pays. Il s’agit du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde. Ce document, dans son principe, s’appuie sur l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article qui stipule, in extenso, que «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites». Les Etats-Unis ont ajouté à cette référence du droit international une référence nationale, puisqu’en 1998 ils ont adopté une loi baptisée «International Religious Freedom Act».
L’été dernier, lors de la publication de ce rapport, et comme c’est désormais la coutume, des pays ont été épinglés pour leurs manquements aux exigences de respect de la liberté religieuse. C’est le cas notamment de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, de la Birmanie, mais aussi de la Chine ! Ces appréciations sont généralement considérées par les pays mis en cause comme une forme d’ingérence dans leurs affaires intérieures. Dans la réponse que la Chine a opposée à ce rapport, y compris par voie de presse, elle ajoute à l’argument de l’ingérence celui de collusion plus ou moins directe avec des groupes ayant des projets séparatistes et séditieux au nom de la religion. On pense bien sûr ici au bouddhisme tibétain, qui vaut depuis quelques années des critiques insistantes au gouvernement chinois en raison de la politique répressive qu’il a adoptée à l’égard des adeptes de cette religion. Mais le rapport signale que les musulmans Ouïgours et les chrétiens sont également la cible d’une politique de surveillance serrée, qui empêche la «libre manifestation».
Il est clair que le thème de la défense de la liberté religieuse dans le monde est devenu un élément majeur de la politique étrangère de l’administration américaine, grâce auquel elle met en difficulté certains Etats qui lui sont parfois hostiles. Toutefois, on peut y reconnaître une option philosophique importante, qui lui sert de présupposé et qu’il s’agit de considérer : la paix parmi les nations ne se fera pas en dehors du monde des croyances, par l’exclusion des traditions religieuses, mais au contraire par l’implication de leurs représentants... Construire la paix à travers les seuls représentants des Etats ne permet de parvenir à aucun résultat concluant, car cela n’engage pas les peuples. C’est un présupposé qui a d’ailleurs pu se forger au fil des initiatives d’intermédiation autour de la question du conflit israélo-palestinien, chaque fois que se révélait l’extrême fragilité de tout accord possible... De tout accord qui laissait à la marge les acteurs de la vie religieuse au sein des deux communautés.
La question qui se pose est la suivante : pousser les représentants des religions sur la scène politique en tant qu’acteurs de paix suppose la présence d’une instance arbitrale, d’une instance capable d’intervenir dans l’hypothèse où, contre toute prévision, les représentants en question se mettaient à agir au service du seul prestige de leur religion particulière et de ses tentations de domination vis-à-vis des autres religions et vis-à-vis des non-croyants... D’où une telle instance tirera-t-elle sa légitimité et son autorité ? Du droit international ? Difficilement ! Des soubassements éthico-religieux de ce droit ? Plus probablement!
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 28-12-2012

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