Editorial / Naufrage d’une Troïka
par Raouf Seddik, lundi 4 février 2013, 12:04 ·
LES
événements se précipitent : nous attendions un remaniement, nous aurons
très probablement un enterrement. Avec, dans le rôle du défunt, la
Troïka. Les plus optimistes des analystes sont, en effet, incapables de
lui prédire un avenir au-delà de ces derniers souffles, de ces derniers
soupirs qu’un mourant produit sur son lit de mort. Déjà, les annonces de
démission pleuvent parmi les conseillers au sein du pouvoir : il s’agit
de quitter le navire avant de se retrouver dans cette situation très
indélicate de celui qui habite une maison dont les murs sont en train de
tomber l’un après l’autre.La Troïka avait la possibilité de faire une
sortie en s’accordant à elle-même les honneurs, et cela en laissant
s’installer aux commandes du pays une équipe dont le cahier des charges
aurait été de préparer les prochaines élections tout en mobilisant les
énergies au service des objectifs de la révolution. Cette opportunité,
elle l’a malheureusement ratée et risque donc le naufrage pur et
simple.Au-delà des analyses qui cherchent à incriminer l’un ou l’autre,
pour mieux laver les fautes des uns ou des autres, disons que la Troïka
est une combinaison politique qui a mal assuré ses assises au départ et
qui, dans la suite, n’a pas fait grand-chose pour susciter dans ses
propres rangs une réelle dynamique qui lui aurait conféré une légitimité
révolutionnaire. A l’inverse, les germes de la dissension ont eu
maintes occasions de croître en importance, sans que les actions de
réparation ne soient jamais envisagées avec le sérieux requis. Il en va
ici exactement comme ce qui s’est passé avec la question de la violence
politique, qui a empoisonné l’atmosphère du pays sans que des mesures
convaincantes n’aient été envisagées contre les parties qui se tiennent
derrière elle : au lieu de l’action, l’inaction, au lieu du sursaut pour
sauver ce qui doit l’être – la dignité de tous – l’indolence et les
faux-fuyants, au lieu d’une sévérité qui va crescendo, une indulgence
qui échappe de moins en moins à l’accusation de complicité...Le moment
se prête assurément aux sarcasmes, face à ceux qui ont cru pouvoir se
délecter du pouvoir et de ses prérogatives au nom de la légitimité
électorale, et qui se retrouvent aujourd’hui faisant l’objet d’un
spectacle pathétique. Mais on aurait tort de perdre de vue la dimension
critique de ce moment. Ni d’ignorer la responsabilité collective qu’il
engage. Avec l’impasse avérée dans laquelle la Troïka s’est mise et a
mis le pays avec elle, il nous incombe à nous tous de venir en renfort
et de veiller à ce que les fruits de la révolution ne nous filent pas
entre les doigts.La balle est désormais dans le camp du peuple et de ses
représentants. Il faut rapidement que l’Assemblée constituante se
saisisse du problème et qu’elle trouve les réponses afin que la gestion
de l’Etat soit assurée. De deux choses l’une : soit une majorité
nouvelle émerge et prend les affaires en main sur la base d’une
plateforme d’action – ce qui paraît peu probable —, soit un gouvernement
de technocrates assume la poursuite de l’administration des affaires,
en attendant les prochaines élections.
Ajouté le : 04-02-2013
Ajouté le : 04-02-2013
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