mardi 19 février 2013

Editorial / Naufrage d’une Troïka

par Raouf Seddik, lundi 4 février 2013, 12:04 ·
LES événements se précipitent : nous attendions un remaniement, nous aurons très probablement un enterrement. Avec, dans le rôle du défunt, la Troïka. Les plus optimistes des analystes sont, en effet, incapables de lui prédire un avenir au-delà de ces derniers souffles, de ces derniers soupirs qu’un mourant produit sur son lit de mort. Déjà, les annonces de démission pleuvent parmi les conseillers au sein du pouvoir : il s’agit de quitter le navire avant de se retrouver dans cette situation très indélicate de celui qui habite une maison dont les murs sont en train de tomber l’un après l’autre.La Troïka avait la possibilité de faire une sortie en s’accordant à elle-même les honneurs, et cela en laissant s’installer aux commandes du pays une équipe dont le cahier des charges aurait été de préparer les prochaines élections tout en mobilisant les énergies au service des objectifs de la révolution. Cette opportunité, elle l’a malheureusement ratée et risque donc le naufrage pur et simple.Au-delà des analyses qui cherchent à incriminer l’un ou l’autre, pour mieux laver les fautes des uns ou des autres, disons que la Troïka est une combinaison politique qui a mal assuré ses assises au départ et qui, dans la suite, n’a pas fait grand-chose pour susciter dans ses propres rangs une réelle dynamique qui lui aurait conféré une légitimité révolutionnaire. A l’inverse, les germes de la dissension ont eu maintes occasions de croître en importance, sans que les actions de réparation ne soient jamais envisagées avec le sérieux requis. Il en va ici exactement comme ce qui s’est passé avec la question de la violence politique, qui a empoisonné l’atmosphère du pays sans que des mesures convaincantes n’aient été envisagées contre les parties qui se tiennent derrière elle : au lieu de l’action, l’inaction, au lieu du sursaut pour sauver ce qui doit l’être – la dignité de tous – l’indolence et les faux-fuyants, au lieu d’une sévérité qui va crescendo, une indulgence qui échappe de moins en moins à l’accusation de complicité...Le moment se prête assurément aux sarcasmes, face à ceux qui ont cru pouvoir se délecter du pouvoir et de ses prérogatives au nom de la légitimité électorale, et qui se retrouvent aujourd’hui faisant l’objet d’un spectacle pathétique. Mais on aurait tort de perdre de vue la dimension critique de ce moment. Ni d’ignorer la responsabilité collective qu’il engage. Avec l’impasse avérée dans laquelle la Troïka s’est mise et a mis le pays avec elle, il nous incombe à nous tous de venir en renfort et de veiller à ce que les fruits de la révolution ne nous filent pas entre les doigts.La balle est désormais dans le camp du peuple et de ses représentants. Il faut rapidement que l’Assemblée constituante se saisisse du problème et qu’elle trouve les réponses afin que la gestion de l’Etat soit assurée. De deux choses l’une : soit une majorité nouvelle émerge et prend les affaires en main sur la base d’une plateforme d’action – ce qui paraît peu probable —, soit un gouvernement de technocrates assume la poursuite de l’administration des affaires, en attendant les prochaines élections.
Ajouté le : 04-02-2013
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